Le SNIA-IPR fait voter l’ensemble des fédérations syndicales contre le texte modifiant le niveau de recrutement des recteurs
Le ministère a présenté au CSE du 28 mai un projet de décret modifiant les modalités de nomination, les missions et les compétences des recteurs, en l’ouvrant très largement à des profils de moins en moins experts.
Les arguments présentés par le SNIA-IPR, voir ci-dessous, ont emporté l’adhésion de l’ensemble des fédérations syndicales, aboutissant à un vote unanime contre ce texte.
Le SNIA-IPR tient à exprimer son attachement à préserver le lien du Recteur avec l’Université et la Recherche : celui-ci garantit une profondeur intellectuelle et des capacités réflexives dont l’École a besoin. Retirer la condition d’HDR (habilitation à diriger des recherches) compromet l’indépendance et la compétence spécifique nécessaire pour diriger l’enseignement supérieur et la recherche.
Les qualités du chercheur nous paraissent en effet indispensables à un bon pilotage d’académie.
C’est parce qu’il a lui-même longtemps enquêté, douté, cheminé avant de pouvoir enfin parvenir à un résultat, que le chercheur sait penser la complexité. Il a appris qu’il faut passer par des détours, par des lectures, par des expériences et par bien des hypothèses ; il sait qu’il faut du temps et des tâtonnements pour bien comprendre. Il a appris la prudence et la capacité à longuement élaborer ; il a appris les vertus du temps long, de la ténacité et de la rigueur.
Ce sont là les gages d’une qualité d’appréciation et de réflexion qui garantit celle de la décision et de l’action.
C’est à préserver ; or invoquer un pragmatisme au nom duquel l’évolution de nos sociétés obligerait à réduire le rôle du recteur à celui d’un exécutant administratif paraît dangereux. Le texte encadrant le recrutement du représentant du ministre en académie a déjà subi des évolutions successives et il ne faudrait pas que disparaissent définitivement les quelques garde-fous de qualité encore existants.
La simplification de procédure proposée dans le projet de décret paraît dommageable.
On peine à en comprendre l’utilité, d’autant qu’elle fait courir le risque de voir disparaître l’esprit de complexité, c’est-à-dire l’intelligence indispensable à la direction d’une académie.
La logique derrière ce projet confirme une tendance inquiétante à une « préfectoralisation » des recteurs.
Non, il ne paraît pas pertinent d’ouvrir davantage encore la fonction de recteur à d’autres parcours et à d’autres profils, et il l’est encore moins de réduire son rôle aux missions énumérées dans le projet de décret : un pilote est un penseur, et il paraît tout à fait utile qu’il ait pris du temps pour appréhender le réel.
Nombreux sont en effet les écueils prévisibles d’un tel texte.
Et ce plus encore si le vivier des recteurs s’étend à des personnes qui ne sont pas issues de l’enseignement et de l’éducation :
– Faire baisser les exigences et les expertises, au nom d’un pilotage seulement administratif et financier ;
– Éloigner plus encore les décisions du terrain, des réalités des métiers et des besoins des élèves, par méconnaissance du cœur de l’École : le pédagogique et l’éducatif ;
– Une absence de vision et de profondeur ;
– Confondre pilotage et communication – laquelle pourrait, on le voit déjà çà et là, remplacer la pensée par la courte-vue et l’affichage.
La direction des services déconcentrés de l’éducation nationale ne peut pas être assurée par des “manageurs” publics (voire transfuges du privé) sans expérience garantie dans cette administration à la taille et à l’importance politique sans équivalent.
Réponse du ministère : L’habilitation à diriger des recherches n’est pas une garantie de compétences.
Dès lors que la boussole du pilotage pédagogique d’une académie n’est plus adossée à la recherche, quelles sont les nouvelles compétences des recteurs ?
Ce projet qui interpelle, rejeté par l’ensemble des syndicats au CSE, sera présenté au CSA-MEN du 4 juin avant publication.

