Mesures exceptionnelles de recrutement d’IA-IPR dans l’académie de Mayotte : une expérimentation non dénuée de risques pour les inspecteurs

L’académie de Mayotte souffre d’un déficit majeur d’IA-IPR : en Anglais, Economie-Gestion, Lettres, Mathématiques, Physique-Chimie, Sciences de la Vie et de la Terre, Sciences Technologiques Industrielles.

Pour renforcer l’attractivité de l’académie de Mayotte auprès des IA-IPR, la Direction de l’encadrement (DE) du ministère de l’Education nationale met en place, à la rentrée 2026, un dispositif présenté comme « exceptionnel et expérimental » concernant la mobilité des inspecteurs vers Mayotte (1).

Un principe simple en apparence

Les IA-IPR qui obtiendront une mutation vers Mayotte pourront, s’ils le demandent dès la campagne actuelle, conserver pendant un an leur poste d’origine. Ils seront affectés à titre définitif à Mayotte à la rentrée 2026, mais tout en gardant la possibilité de retrouver leur ancien poste à la rentrée 2027 s’ils le souhaitent.

Sur le papier, la mesure pourrait apparaître comme une incitation à tenter l’aventure professionnelle, avec une sorte de « période d’essai » administrative censée rassurer les candidats au départ en sécurisant leur retour sur leur poste.

Une solution simpliste, fragilisée dès le départ du fait de l’absence de concertation avec les IA-IPR connaissant Mayotte

Cette mesure méconnait très fortement la complexité de la situation administrative et fiscale de Mayotte :

-au départ, l’agent en mutation vers Mayotte peut avoir droit à une prime de déménagement (IFCR, sous conditions), mais après un an celle-ci n’est pas attribuée : le déménagement retour sera à l’entière charge de l’agent ;

-des droits de douane s’appliquent à Mayotte sur l’import de tout bien personnel, soumis à une règle stricte : la revente de biens personnels (mobilier, véhicule, etc.) avant une période échue de 1 an, suivant leur entrée sur le territoire de Mayotte, est soumise à taxes et droits de douanes (à savoir, un déménagement arrive généralement vers octobre) ;

-des droits de douane s’appliquent à Mayotte sur l’export de tout bien personnel, soumis à une règle stricte : l’export en retour des biens personnels, arrivés sur le territoire il y a moins de 1 an, est soumis à taxes et droits de douanes ;

-les taxes et droits de douane s’appliquent sur le montant des biens ainsi que sur le coût de leur acheminement ;

-la Douane vérifie les déclarations de biens entrés, lors de toute sortie avant le délai d’exonération de 1 an.

Une décision verticale, sans concertation avec les syndicats représentatifs des IA-IPR, sans cadre règlementaire clair

La note de service mobilité des inspecteurs (1) qui précise les modalités techniques du mouvement 2026, ne fait qu’accompagner le texte des lignes directrices de gestion du 22 octobre 2024 (2), lesquelles ne mentionnent à aucun moment cette expérimentation.

NB : aucun texte ne prévoit non plus la prise en charge du billet avion retour au bout d’un an.

Une contrainte à poser « a priori » dès la phase de mutation en mars

L’IA-IPR qui demande une mutation à Mayotte doit signaler – dès le moment de sa demande de mutation – son souhait de pouvoir bénéficier de ce dispositif.

De même, cinq mois seulement après son arrivée, où les premières semaines sont généralement consacrées à résoudre des difficultés matérielles importantes et à prendre connaissance des spécificités de ce département, l’IA-IPR devra décider définitivement s’il reste ou part.

Devoir se projeter dès le départ à ne pas rester à Mayotte touche, et questionne, l’engagement pour le territoire de Mayotte.

Un risque de turn-over important, alors que Mayotte a besoin d’IA-IPR stabilisés et engagés dans la durée.

Un cadre règlementaire flou, sans garantie du respect des droits de l’IA-IPR

Cette pratique, totalement inédite dans le mouvement des IA-IPR, relève de la seule discrétion de la Direction de l’encadrement et ne repose sur aucun fondement réglementaire.

De plus, en cas de litige avec l’administration sur les conditions du retour sur le poste initial, aucun recours administratif ou juridique ne serait possible.

Un blocage du mouvement national des IA-IPR dans beaucoup de disciplines, suite au gel des postes d’origine

Tous les IA-IPR souhaitant une mobilité seront impactés par le blocage de plusieurs postes dans le mouvement.

Un effet boomerang générant des postes vacants dans beaucoup d’académies

Les postes bloqués dans le mouvement d’avril devront être pourvus en septembre par des Faisant-fonction.

Mais ils ne pourront l’occuper que durant une seule année : soit un retour du titulaire du poste, soit une affectation au mouvement d’un autre IA-IPR titulaire.

Un risque de fragilisation d’équipes de nombreuses académies, dans un contexte de chute des recrutements.

Le SNIA-IPR avait pourtant largement alerté la Direction de l’encadrement, lors des travaux liés à la « refondation » de Mayotte

Aucune de nos propositions n’a été retenue sur la nécessité d’améliorer significativement les conditions d’accueil des inspecteurs : logement, conditions de vie, conditions de travail .

À la place, l’administration propose une expérimentation qui ressemble fort à un pari risqué : « allez-y, vous verrez bien ».

Le SNIA-IPR rappelle que l’attractivité de Mayotte ne se décrète pas techniquement

Ce dispositif expérimental imaginé par la Direction de l’encadrement repose sur une conception profondément erronée de l’attractivité : on ne renforce pas durablement un encadrement pédagogique en invitant les personnels à « venir voir sur place si ça leur convient ».

L’attractivité suppose des garanties statutaires solides et une véritable politique d’amélioration des conditions de vie et de travail pour les personnels.

L’académie de Mayotte mérite mieux qu’une expérimentation hors sol

L’académie de Mayotte mérite une politique ambitieuse pour attirer et fidéliser des IA-IPR qui puissent travailler en confiance et inscrire leur action dans la durée pour l’avenir du département.

Mayotte a besoin d’engagements durables, pas d’une expérimentation hasardeuse et davantage problématique pour les IA-IPR en bien des points.

Lire aussi notre article : Académie de Mayotte, le SNIA-IPR alerte le ministre sur la situation des inspecteurs

 

(1) Note de service mobilité des inspecteurs 2026 :

« À titre exceptionnel et expérimental, afin de renforcer l’attractivité de l’académie de Mayotte, les inspecteurs affectés dans l’Hexagone qui obtiendront une mobilité vers ce département à la rentrée scolaire 2026 (sans y avoir leur CIMM) pourront conserver, pendant une année, leur poste actuel s’ils en font la demande dès la présente campagne. Les intéressés seront ainsi affectés à titre définitif à Mayotte à la rentrée 2026, tout en conservant la possibilité de retrouver leur ancien poste (qui aura été bloqué) à la rentrée 2027 s’ils en expriment la volonté. »

(2) lignes directrices de gestion du 22 octobre 2024

« Les lignes directrices de gestion déterminent de manière pluriannuelle les orientations générales de la politique de mobilité des ministères de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports (MENJS). »

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