Les correcteurs du nouveau concours de recrutement des professeurs des écoles seront rémunérés de moitié ou du tiers du taux habituel de correction des copies de candidats.

Le ministère considèrerait-il ce nouveau concours de recrutement des Professeurs des Ecoles, organisé en cours d’obtention de la licence L3, comme un concours au rabais ?

Cette information n’est pas encore connue de tous les IA-IPR pilotes des corrections du concours CRPE-L3, encore moins des professeurs correcteurs volontaires, mais le SNIA-IPR a confirmation que, à ce jour, la DGRH du ministère maintient un taux de rémunération de chaque correcteur d’une épreuve, de moitié ou du tiers selon le type de copie à corriger. Nous espérons que le ministère entendra raison et reviendra au taux de rémunération habituel des correcteurs du CRPE.

Les corrections des épreuves du nouveau concours CRPE-L3 et du concours CRPE-M2 constituent pourtant un même travail de correction

Pour les sessions 2026 et 2027 du concours de recrutement des professeurs des écoles (CRPE), deux concours sont organisés simultanément : l’un en cours d’obtention du M2 (CRPE-M2) et l’autre en cours d’obtention de la L3 (CRPE-L3) qui ouvre cette année pour la première fois. La session 2026 comptera près de 50 000 candidats en cours d’obtention du L3, contre 38 000 en cours d’obtention du M2. Cet élargissement du vivier de candidats au nouveau concours CRPE-L3 ne peut se faire sans moyens dédiés à la correction de chaque épreuve dans chaque discipline.

Pour le nouveau concours CRPE-L3, les candidats composeront sur une même copie pour les épreuves écrites de français et de mathématiques, ces deux disciplines étant passées en même temps pour une durée totale de 4h (2h + 2h). Pour le concours CRPE-M2, deux épreuves distinctes de français et de mathématiques de 3h chacune et passées sur deux temps différents, sont maintenues pour une modalité de concours CRPE appelée à disparaître après 2027.

Pour le nouveau concours CRPE-L3, les candidats composeront également sur une même copie pour une autre épreuve, triple cette fois, portant sur trois des quatre domaines (Histoire-Géographie-EMC, Sciences et Technologie, Arts, Langue vivante étrangère), pour une durée totale de 4h. Pour le concours CRPE-M2, une seule épreuve de 3h porte sur une seule de ces disciplines au choix.

Dans tout concours, l’épreuve écrite dans une discipline est corrigée selon un principe de double correction par des professeurs spécialistes de cette discipline. La double épreuve français et mathématiques nécessite donc un binôme de correcteurs en français et un autre binôme en mathématiques, la triple épreuve nécessite de même trois binômes de correcteurs par copie.

Le ministère dévaloriserait-il alors la correction de chaque épreuve du nouveau concours CRPE-L3 ?

Le ministère transforme cet état de fait indéniable en considérant qu’il n’y a pas un correcteur pour chaque discipline, mais qu’une seule copie dont il faut rémunérer la correction. La DGRH a donc donné pour consigne aux DEC (en s’appuyant sur le Guide à l’usage des présidents de jury, qui ne constitue pas en soi une réglementation) de rémunérer chaque copie au taux d’un seul correcteur. En conséquence, la rémunération de la correction d’une copie sera divisée entre chacun des correcteurs de chaque discipline, chacun étant rétribué de sa correction à hauteur de la moitié ou du tiers de la rémunération prévue.

Un déni de réalité et une méconnaissance du travail de correction de chaque correcteur d’une discipline

Un correcteur de mathématiques ou de français sur le concours CRPE-L3 sera donc rémunéré moitié moins que sur le concours M2, pour un travail équivalent.

Même si le format du sujet a évolué (durée réduite d’un tiers pour l’ensemble de l’épreuve, mais pas nécessairement pour chacune des sous-parties des disciplines), le travail de correction de chaque correcteur d’une discipline reste équivalent pour les deux concours CRPE-L3 et CRPE-M2.

Tout sujet d’épreuve dans une discipline comporte, pour une durée d’épreuve très proche, une même complexité, les mêmes compétences à évaluer, un même temps d’appropriation du barème de correction, un même temps de correction par copie, une même période de correction prévue pour l’ensemble des copies, un même temps d’harmonisation au sein du binôme de double-correction.

En outre, quand deux épreuves sont écrites sur une même copie, s’ajoute une difficulté matérielle – et donc temporelle – d’identification des différentes parties pour chacune des copies. La situation est même encore plus chronophage pour la seconde épreuve écrite comprenant trois parties parmi quatre domaines (Histoire-Géographie-EMC, Sciences et Technologie, Arts, Langue vivante étrangère), pour laquelle le travail de correction sera rémunéré trois fois moins pour chaque correcteur d’une discipline.

La DGRH ne respecte pas la règlementation pour la correction du nouveau concours CRPE-L3

L’arrêté du 7 mai 2012 fixant la rémunération des intervenants participant, à titre d’activité accessoire, à des activités de recrutement d’agents publics relevant des ministres chargés de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur (cf infra), prévoit une rémunération du correcteur « par document ou copie » .

Cette rémunération – par copie corrigée par un correcteur – est donc indépendante du nombre de correcteurs examinant par ailleurs d’autres parties de la copie.

Le SNIA-IPR dénonce la directive de la DGRH – telle que formulée dans son Guide à destination des présidents de jury (DGRH-MEN) – en ce qu’elle n’est pas règlementaire.

Conséquences et incertitudes sur les corrections du nouveau concours CRPE-L3

Cette différence de traitement des correcteurs entre les deux concours du CRPE porte un risque objectif de démissions au sein du jury de correction.

Le travail conséquent des IA-IPR pilotes de la correction du CRPE, d’identification préalable de remplaçants, pourrait ne pas suffire dans de telles conditions inédites. Il est à craindre une vague de démissions qui mettrait en péril le déroulement prochain des corrections des écrits dans le temps imparti.

Les IA-IPR pilotes de la correction du CRPE, alors exposés à une difficulté majeure pour le pilotage des corrections de l’épreuve, ne sauraient être tenus pour responsables de la situation et n’auraient que peu de moyens d’agir sur celle-ci.

Un accident industriel programmé pour les phases de recrutement du nouveau concours CRPE-L3

De telles défections contraindraient à augmenter le nombre de copies à confier aux correcteurs restants, au risque d’une correction réalisée moins attentivement dans le délai contraint. Les IA-IPR pilotes de la correction du CRPE manifestent également une inquiétude sur la conduite de la phase d’harmonisation, rendue de fait particulièrement délicate.

Au final, un risque sérieux pèsera sur la qualité d’une part et sur l’équité d’autre part du nouveau concours de recrutement CRPE-L3.

En outre, les services académiques seront potentiellement exposés à une publication des résultats d’admissibilité hors des délais prévus, ce qui fragiliserait ensuite l’organisation de la phase d’admission et du concours dans son ensemble.

Ecouter les IA-IPR experts de terrain aurait permis de garantir l’équité et la qualité du recrutement des professeurs des écoles

S’il est à espérer que les enseignants convoqués comme correcteurs cette année ne fassent pas défaut, par la conscience professionnelle que nous leur connaissons, il est à craindre un refus massif de participer aux sessions suivantes de ce nouveau concours de recrutement des professeurs des écoles CRPE-L3, ne s’agissant pas d’une obligation de service des enseignants.

Dès lors, la désignation – par les IA-IPR pilotes du concours CRPE – des professeurs correcteurs pourrait ne plus être réalisée sur des critères exclusifs de qualité professionnelle. En conséquence, la qualité du concours de recrutement des professeurs des écoles s’en trouvera ici menacée.

La vigilance des IA-IPR pilotes de la correction des épreuves du CRPE, même la plus rigoureuse, ne saura suffire à garantir l’équité du concours et la qualité du recrutement des futurs enseignants professeurs des écoles.

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