Un récent rapport de l’OCDE étudie le leadership des chefs d’établissements, ses atouts et ses fragilités. Il fait cependant abstraction de la place spécifique que tient en France l’inspection pédagogique.

La revue Acteurs Publics s’est fait l’écho d’un rapport récent de l’OCDE qui exploite les retours de l’enquête Talis2024. Celui-ci analyse le leadership relationnel du chef d’établissement, particulièrement apprécié des enseignants, comme déterminant pour la qualité du climat scolaire et pour l’efficacité et le bien-être des personnels. L’étude évoque cependant, de façon sensible en France par rapport au reste de l’OCDE, un manque de reconnaissance, de moyens, de formation aux usages du numérique, un surcroît de tâches d’administratives, qui limiterait l’exercice de ce précieux leadership.

Cette étude illustre opportunément la nécessité, pour les enseignants, d’être pilotés par un chef d’établissement qui les soutient, qui facilite leur travail, qui les écoute, qui valorise leur engagement, et auquel l’institution apporte une reconnaissance véritable.

Il convient cependant de distinguer la légitimité managériale, fondée sur la responsabilité de direction et la qualité des relations professionnelles, et la légitimité pédagogique et didactique : celle-ci est en effet fondée sur une expertise disciplinaire et professionnelle reconnue. On s’étonne ainsi que cette étude de l’OCDE place le chef d’établissement dans un rôle de pilote pédagogique généraliste, sans interroger suffisamment la pertinence de son intervention sur les enseignements et ses effets sur la qualité de la transmission.

Car le rapport souligne bien le ressort véritable du leadership : celui-ci repose notamment sur l’accompagnement pédagogique, sur l’observation des pratiques quotidiennes en classe, et sur la capacité de « rétroagir », de « faire des feedbacks », autrement dit de développer la réflexivité sur les pratiques professionnelles. Or n’est-ce pas là précisément la mission de l’inspecteur, expert de sa discipline ou de sa spécialité ?

L’IGESR, dans son rapport sur l’autonomie des établissements le soulignait en 2019 en d’autres termes : les professeurs ne reconnaissent pas [au chef d’établissement] la légitimité de se positionner sur le champ de l’acte pédagogique. Cette légitimité, ils la reconnaissent et la réservent entièrement aux personnels d’inspection de leur discipline.

Ainsi, les personnels de direction doivent pouvoir exercer pleinement leur métier : leur leadership doit s’appuyer sur leurs capacités à organiser, à fédérer, à mobiliser, à responsabiliser et à motiver les équipes. Ils sont garants d’un environnement de travail favorable, d’un fonctionnement efficace et d’une dynamique collective au service de la réussite des élèves. Ils ont pour cela besoin de temps, de formation, et de reconnaissance – cela passe notamment par un allègement des charges.

Les personnels d’inspection doivent, eux, avoir les moyens d’exercer pleinement leur magistère pédagogique et disciplinaire puisque c’est bien la qualité des enseignements qui détermine la réussite des élèves. L’expertise des inspecteurs leur confère donc une légitimité pour accompagner les professeurs, pour les conseiller, pour impulser des évolutions, et pour garantir la qualité des enseignements – et cela passe aussi par un allègement des charges.

Ni interchangeables, ni concurrentes, ces deux formes de leadership, indispensables à la réussite de l’Ecole, doivent être appréhendées comme complémentaires. Et c’est précisément en reconnaissant cette complémentarité que notre institution, riche de sa spécificité française, pourra renforcer l’efficacité de son pilotage.

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