Une augmentation du point d’indice aurait bien sûr d’abord un effet immédiat sur le pouvoir d’achat des fonctionnaires, et des enseignants en particulier. Cet investissement aurait également un effet vertueux sur le poids de la dette publique rapportée au PIB.
L’économiste Philippe Askenazy (CNRS) explique dans un article du journal Le Monde l’intérêt d’augmenter la rémunération des fonctionnaires. Cela accroîtrait certes un peu la dépense publique, mais bien davantage encore le produit intérieur brut : le ratio dette/PIB s’en verrait ainsi diminué.
En 20 ans, la perte de pouvoir d’achat des fonctionnaires liée au gel du point d’indice est évaluée à près de 20% (1). Contraint à quelques mesures de sauvegarde pour les agents rémunérés en-dessous du SMIC, l’État ne s’est pas suffisamment soucié du salaire de la plupart de ses enseignants. Il s’agit d’un impensé, et tous les parlementaires semblent actuellement découvrir les effets délétères de cette doctrine budgétaire.
« Un enseignant en début de carrière en France gagne 2 % de moins que la moyenne des pays de l’OCDE. En milieu de carrière, il gagne 18 % de moins », explique Éric Charbonnier, expert de l’OCDE, dans cet article du Café pédagogique. Une augmentation du point d’indice aurait bien sûr d’abord un effet immédiat en faveur du pouvoir d’achat des fonctionnaires.
Philippe Askenazy explique aussi qu’un tel investissement aurait – paradoxalement – un effet vertueux sur la dette publique rapportée au PIB : celle-ci s’en trouverait par voie de conséquence considérablement diminuée, selon une arithmétique élémentaire que décrit l’économiste du CNRS : par une augmentation de 6 % du seul point d’indice en 2027, le poids de la dette dans le PIB diminuerait de 0,7 point, tout en voyant la croissance augmenter de 0,2 point (2).
Ces réflexions invitent à renouveler notre regard sur le contexte budgétaire et politique actuel, et dessinent des pistes intéressantes d’amélioration du service public d’éducation et du climat social : « Redonner dès aujourd’hui du pouvoir d’achat aux agents qui en ont tant perdu désamorcerait un des moteurs de la crise sociale et de confiance et soutiendrait une demande en berne, tout en réduisant temporairement le ratio dette sur PIB. Un triple cadeau qui aiderait le futur pouvoir, quel qu’il soit, à atteindre ses objectifs », conclut l’article.
Le SNIA-IPR le rappelle, ce serait hypothéquer l’avenir que d’appréhender le domaine de l’enseignement et de l’éducation comme une dépense à juguler et à réduire : toute politique publique devrait avoir pour priorité d’apporter une formation de qualité aux futurs citoyens. Le seul choix possible est dès lors celui de l’investissement dans le temps long – celui de l’avenir.
NOTE (1). « Depuis deux décennies, la politique salariale pour les agents publics est marquée par un gel ou une sous-indexation de la valeur du point d’indice qui détermine leur rémunération de base. La perte totale de pouvoir d’achat du point avoisine 20 %. Parallèlement, l’État a déployé des mesures bénéficiant à certaines catégories d’agents. Il a particulièrement été attentif à celles qu’il craignait ou dont il devait s’assurer de la loyauté. Les hauts fonctionnaires, des préfets aux magistrats de la Cour des comptes, ont ainsi bénéficié sous Emmanuel Macron d’une belle revalorisation de leurs grilles de rémunération. Or servir l’État ne constitue, au mieux, qu’une petite fraction de ce que signifie servir le public. Les agents de l’Education nationale ont ainsi été largement oubliés par ces mesures. »
NOTE (2). A titre d’exemple, une augmentation de 6 % du seul point d’indice en 2027 induirait, selon Philippe Askenazy :
• une hausse de 9 milliards d’euros des revenus des fonctionnaires,
• simultanément, une hausse de 15 milliards d’euros du PIB (selon les conventions internationales, la valeur que donne la société à ses services publics rentre directement dans le PIB nominal),
• une réinjection dans la consommation de 7 milliards supplémentaires,
• des rentrées fiscales d’au moins 4 milliards (en impôts sur le revenu d’abord, puis en TVA et diverses autres taxes et cotisations induites par la consommation),
• une diminution du poids de la dette dans le PIB de 0,7 point, tout en voyant une augmentation de la croissance de 0,2 point.


