Monsieur le Ministre, Mesdames et Messieurs les recteurs, Mesdames et Messieurs…, Chères et chers collègues,

  1. le ministre, nous vous remercions d’avoir répondu favorablement à la demande conjointe du SIEN, du SNIA-IPR et du SUI-FSU, de permettre à nos collègues de participer de là où ils sont à ce temps d’échange avec vous.

1 M. le Ministre, permettez-nous d’abord de vous remercier pour l’initiative que constitue la mise en place d’un GNPI Groupe national des personnels d’inspection,

demandée depuis longtemps par notre organisation, cette instance était absolument nécessaire, à l’instar du GNPD. Groupe national des personnels de direction, que vous réunissez depuis de nombreuses années ;

Nous espérons que vous prendrez personnellement part à ses travaux, afin qu’ils permettent enfin de faire avancer les sujets de fond que nous vous avons adressés par courrier : CIA, IFSE 3 ans, frais de déplacements, notamment.

2 Nous souhaitons également saluer vos annonces récentes sur la primauté de la pédagogie.

Votre lettre aux professeurs a rappelé avec justesse que les enseignants ne peuvent être réduits à de simples exécutants. Votre priorité affichée – faire réussir les élèves – passe clairement, dans chaque établissement, par la motivation, le professionnalisme et la qualité des pratiques de chaque enseignant.

Dans cette perspective, la place des IA-IPR est notamment de piloter l’accompagnement des professeurs dans l’exercice de leur métier, au plus près des pratiques réelles, c’est-à-dire celles que les IA-IPR observent et évaluent finement au cœur des classes de toute l’académie.

3 La stratégie « Collèges en progrès » nous semble s’inscrire dans cette logique.

Si l’instruction du 17 décembre nous paraît équilibrée dans sa façon de mettre en synergie l’ensemble des acteurs et de faire le pari du moyen terme, nous souhaitons – concernant sa traduction opérationnelle – vous faire part de quelques retours de terrain, qui tiennent en 4 points de vigilance…

Premier point ; la nécessité que l’équipe ressource soit une, académique et pluridisciplinaire.

Ni une multiplicité d’équipes départementales, ni des IA-IPR isolés dits « référents d’établissement ». Ce modèle rassurant pour certains est intenable, inefficient et amoindrit la pertinence des réponses apportées. À rebours, il est tout à fait essentiel d’établir des liens forts entre cette équipe académique pluridisciplinaire et l’ensemble du collège des IA-IPR et ses réflexions internes.

Second point : une articulation claire des échelles d’action et du rôle de chacun des acteurs.

Il ne peut être question ni de substitution d’un acteur à un autre – de l’IA-IPR au chef d’établissement, par exemple -,

ni d’instrumentalisation d’un acteur par l’autre – des IA-IPR par les IA-DASEN, par exemple.

Troisième point, qui touche au calendrier de mise en œuvre : nous appelons à ne pas confondre vitesse et précipitation.

Nous pensons utile de bien distinguer, de mars à juin, 2 phases : une phase 1 de diagnostic – portant sur les acquis des élèves et un état des lieux partagés des pratiques et des stratégies à l’œuvre – puis, et seulement après, une phase 2 d’élaboration d’une feuille de route.

Quatrième point, nous insistons sur la nécessité de calibrer rapidement les moyens d’accompagnement, académie par académie, pour que les IA-IPR soient en mesure de recruter, de former et, comme le dit notre circulaire de mission, d’animer un réseau de conseillers pédagogiques du second degré, devant bénéficier d’heures de décharge.

Le modèle du « 1 % collège d’IA-IPR » que nous vous avons proposé, à l’instar de ce qui est installé dans le premier degré avec le calibrage des CPC, est soutenable. La baisse démographique constitue à cet égard une opportunité qu’il faut saisir.

Cette allocation de moyens d’accompagnement au collège des IA-IPR constitue, à nos yeux, la véritable clé de voûte de la stratégie décidée. Cela constituerait également une nouveauté tout à fait notable. Car cela distinguerait radicalement la stratégie adoptée des recettes déjà éprouvées d’allocation de moyens supplémentaires aux établissements (dont on a pu mesurer l’échec encore récemment) et la situerait en complémentarité du levier classique que constitue la formation continue (que nous contribuons par ailleurs à piloter comme responsables de formation, malgré les difficultés rencontrées avec les EAFC parfois).

4 Monsieur le Ministre, permettez-nous maintenant d’évoquer le corps des IA-IPR.

La question de la revalorisation indiciaire est aujourd’hui très clairement identifiée par l’Assemblée nationale.

Mais il ne faudrait pas recruter pour dire que l’on recrute. Car le recrutement nécessite aussi des garanties de qualité pour la bonne tenue du service public,

À ce titre, élargir le vivier du concours IA-IPR aux certifiés – comme vous l’ont soumis les députés Violette Spillebout et Paul Vannier ne conviendrait pas. Les textes sont clairs :  le vivier d’accès au corps exige le concours de l’agrégation après un diplôme universitaire à bac+5 ou d’avoir exercé dans un corps d’encadrement depuis 5 ans.

De la même manière, la suggestion de la mission de l’IGESR d’un élargissement aux professeurs du privé poserait problème, notamment parce qu’ils ne sont pas fonctionnaires… mais pas uniquement.

Parmi le vivier actuel des candidats éligibles au concours d’IA-IPR, moins de 0,5 % s’y inscrit chaque année.

La solution n’est donc pas d’élargir le vivier (il est déjà diversifié et largement suffisant) mais de rendre le corps attractif pour les 99,5% s’en détournant- par le rétablissement d’un différentiel indiciaire significatif (alors qu’il est aujourd’hui insignifiant : au mieux, 50 points d’indice sur toute une carrière).

 

Nous souhaitons également attirer votre attention sur l’expertise professionnelle des IA-IPR et leur identité métier :

De nombreux signaux montrent aujourd’hui que le modèle Injonction-Exécution-Contrôle a atteint ses limites et place les personnels en grande souffrance. La conduite du changement impose, au contraire, de s’appuyer sur le savoir-faire propre des IA-IPR : Impulsion, Accompagnement-Formation, Évaluation, Régulation. Sans chacun de ces quatre piliers, toute réforme est une occasion manquée.

Or aujourd’hui, les IA-IPR ont l’impression parfois amère d’être empêchés d’agir faute de pouvoir activer ces quatre dimensions complémentaires de leur métier. Mais surtout, faute d’être dotés de moyens propres pour le faire.

 

Nous appuyons la politique éducative nationale, dans l’intérêt des élèves et du pays. Dans les faits, les IA-IPR sont sollicités dans des contextes extrêmement variés : projets d’évaluation, nouveau DNB, accompagnement d’établissements ciblés, EAF et EAM, égalité filles-garçons en mathématiques, en sciences ou en lettres… Sans oublier les missions récemment ajoutées : évaluations d’établissement, contrôle du privé sous et hors contrat, contrôle de l’Instruction dans la Famille, contrôle de l’apprentissage, etc.

Nous souhaitons pouvoir répondre à l’ensemble de ces demandes. Mais cela se heurte à un principe de réalité : nos moyens d’action, notamment en ressources humaines – CMI, formateurs académiques, conseillers pédagogiques du second degré – sont aujourd’hui insuffisants.

Il est désormais temps d’augmenter notre action, ie l’action du collège des IA-IPR en tant que tel, en le dotant de moyens propres : c’est « le 1 % collège d’IA-IPR » que nous vous avons exposé et que Mme Borne avait déjà remarqué.

5 Nous voudrions conclure en évoquant un sujet qui nous paraît absolument majeur – celui d’une bureaucratisation à l’œuvre, qui risque de nous enfermer dans des tuyaux d’orgue et, nous marginalisant, de mettre à mal l’articulation pourtant nécessaire entre l’administratif et le pédagogique, les deux jambes sur lesquelles le système doit marcher.

Nous sommes très attachés au collège des IA-IPR, animé par un doyen, élu par ses pairs – ce qui est tout autre chose qu’un service d’inspection avec, à sa tête, un « chef de service directeur de la pédagogie » nommé.

Ce sujet « collège-doyen » avait été mis à l’ordre du jour du dialogue social par le Direction de l’Encadrement. Or après plusieurs réunions, le sujet a brutalement été écarté. Il nous semble avoir compris que l’Inspection générale avait été missionnée pour conclure à la nécessité d’un service et d’un chef de service.

Le risque est clair. Cela aboutirait à un fonctionnement hors sol, éloigné du terrain, comme certains échanges en GT Alléger-Faciliter ont pu le laisser entrevoir s’agissant de la compréhension de notre métier singulier.

Pour mémoire, le collège des IA-IPR est à l’interface de tous les services académiques et son doyen est en interlocution directe avec le Recteur, afin de faire valoir le pédagogique dans les décisions stratégiques et la mise en œuvre de la politique éducative.

La mise en place d’un service de l’inspection emboliserait le système et rendrait inopérantes ces interactions directes, multiples et agiles entre IA-IPR et services. Les exemples de perte de qualité liée aux fonctionnements en tuyaux de services créés récemment sont malheureusement nombreux.

Par ailleurs – et ce serait inédit -, le positionnement institutionnel des IA-IPR serait déclassé, de N-1 du recteur en N-3 : sous leur chef de service, lui-même sous le SG, chef de tous les services : outre que nous sommes profondément attachés à ce que le recteur demeure notre supérieur hiérarchique direct, cela le priverait d’un soutien expert, mêlant retour terrain et propositions de voies de passage réalistes jusque dans les établissements, jusque dans les classes.

Cette organisation, surtout, serait inutilement coûteuse : ce serait – pour le moins – 8 M€ d’argent public par an, pour un résultat moindre et une implication des IA-IPR strictement décomptée, de 1607H non dérogatoires, comme vous nous l’aviez précisé en appui des textes. À la place, vous pourriez revaloriser les IA-IPR, et tous les corps d’inspecteurs, à hauteur de ce que d’autres corps d’encadrement ont obtenu.

Le budget de notre ministère, qui existe pour certains personnels, doit bénéficier à tous les acteurs à due proportion.

Nous ne demandons rien pour nous-mêmes : l’équation à résoudre concerne l’équilibre du système et le système, nous disiez-vous, a besoin des IA-IPR. L’espoir de gagner au plus 50 pts d’indice sur une carrière n’est absolument pas à la hauteur.

Nous accompagnons les chefs d’établissement, le contraire n’est pas vrai. Chaque année depuis 2024 les personnels de direction ont eu 57,3M€ de mesures salariales supplémentaires. C’est pourquoi nous revendiquons les mêmes avancées que celles que ce corps, vivier de recrutement pour notre corps, a récemment connues – et, proportionnellement, (pour reprendre votre expression, pardon de se dire la vérité des prix), c’est 6 M d’euros puisque nous sommes 10 fois moins. En doublant le CIA et en octroyant une revalorisation indiciaire permettant d’accéder à la hors échelle lettre C et à la hors échelle lettre D, le compte n’y serait même pas. Vous pourriez même, en sus, augmenter l’IFSE !

Notre agenda social n’a été en réalité qu’un GT technique, qui en 2 ans n’a pas été conclusif en raison d’une approche confusionniste des corps d’inspecteurs. Il est désormais temps que l’architecture d’ensemble du système soit prise en compte pour estimer la valeur attachée au poste de travail des IA-IPR et que la politique des ressources humaines s’attache à la question spécifique du corps des IA-IPR.

Il est aujourd’hui temps d’engager ce travail rapidement, au sein de votre ministère, dans un véritable AGENDA SOCIAL DES IA-IPR SANS CONFUSIONNISME, par un dialogue technique et politique étroit avec le ministère de la Fonction publique, dont le directeur général connaît déjà nos problématiques.

 

  1. le Ministre, le SNIA-IPR vous remercie pour ce temps d’échange et pour le GNPI de la semaine prochaine.
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