Des avancées attendues, une vigilance nécessaire
Le ministre a annoncé un ensemble de mesures destinées à « alléger et faciliter » l’exercice des missions des IA-IPR. Nous saluons cette initiative, qui constitue une étape importante et qui vient conclure les travaux du groupe de travail « alléger et faciliter » avec la DE (direction de l’encadrement) depuis mai 2024.
Certaines de ces annonces vont dans le bon sens. Nous souhaitons désormais qu’elles se traduisent rapidement et concrètement dans les académies, sous l’impulsion des recteurs.
Dans plusieurs territoires, des améliorations très concrètes ont eu lieu : remboursements accélérés des frais de déplacement, instances de dialogue régulières débouchant sur des décisions opérationnelles (priorisation des missions, régime indemnitaire adéquat).
L’enjeu est désormais de décliner les 16 mesures souhaitées par le ministre, en académie, dans le cadre d’une cohérence nationale.
1. Des mesures qui répondent à de vraies attentes professionnelles
Plusieurs orientations sont particulièrement positives :
✔ Le retour affirmé des collèges d’IA-IPR et de leurs doyens
Nous nous réjouissons de voir réapparaître clairement le rôle des collèges des IA-IPR et de leurs doyens. C’est une reconnaissance institutionnelle du travail collégial des corps d’inspection.
Le collège des IA-IPR est un espace professionnel indispensable de pilotage, d’expertise et de coordination.
Il constitue un levier majeur de cohérence académique à même d’assurer l’équité territoriale.
✔ L’intégration des IA-IPR aux décisions qui les concernent
La volonté d’associer les IA-IPR aux décisions est une évolution méthodologique essentielle.
Trop souvent, les IA-IPR ont été tenus à l’écart de sujets pourtant centraux :
-rendez-vous de carrière,
-formation continue,
-évolutions des outils numériques professionnels.
Les transformations d’outils comme VIRTUO ou les interfaces de messageries professionnelles se sont faites sans concertation, avec pour conséquence un alourdissement des tâches et une perte d’efficacité (dans le remplacement, notamment), sans parler de leurs coûts non maîtrisés.
Mettre fin à ces pratiques est indispensable.
La question décisive des moyens
La mesure 8 suppose l’attribution de moyens dédiés aux collèges des IA-IPR, à hauteur des missions qui leur sont confiées, pour favoriser leur action au service des progrès des élèves.
Si l’analyse réflexive annuelle de ces moyens conclut à la nécessité contextuelle de les augmenter, alors il faudra l’entendre.
Pour « collèges en progrès », le modèle expérimenté à Amiens a démontré son efficacité. La conversion de moyens EAFC et CARDIE en moyens d’accompagnement a permis une action plus réactive, plus proche du terrain et mieux articulée avec les équipes.
Si les ambitions ministérielles ne s’accompagnent pas de moyens à la hauteur, l’efficacité des dispositifs sera compromise.
Ces moyens doivent être comparables à ceux alloués au premier degré.
Soutenir l’accompagnement dans le premier degré mais pas dans le second créerait une incohérence majeure. Les besoins d’appui existent aux deux niveaux.
Les collèges d’IA-IPR ont toute la compétence nécessaire pour piloter ces moyens : expertise administrative, gestion budgétaire, connaissance fine du terrain.
2. Points de vigilance sur la méthode ministérielle
Malgré ces avancées, plusieurs dysfonctionnements interrogent.
Une communication institutionnelle défaillante
- Courrier transmis aux organisations représentatives avec trois semaines de décalage,
- Transmission obtenue à la suite d’interventions insistantes,
- Refus répété de transmission des notes de service concernant la gestion du corps des IA-IPR depuis 2022.
Ces pratiques nuisent au dialogue social.
Des erreurs révélatrices
Le courrier ministériel comporte plusieurs anomalies :
- mention d’une décision du Ministre qu’il a prise lors d’un GNPI, auquel il n’a pourtant pas pu participer
- annonce de 17 mesures alors que le document n’en comporte que 16…
Ces erreurs, non corrigées durant plusieurs semaines, interrogent la chaîne de validation institutionnelle.
Des documents annexes juridiquement fragiles
Certains documents accompagnant ces mesures (« trame indicative » de lettre de mission, « grille matrice » du compte-rendu évaluation professionnelle triennale) semblent insuffisamment stabilisés au regard du cadre réglementaire, pourtant récent et produit par le ministère lui-même.
Le relâchement progressif du lien au cadre réglementaire doit cesser. Il faut faire preuve de rigueur dans l’application des textes.
Nous savons pouvoir compter sur les recteurs et leur connaissance de la nature de nos missions pour assurer une mise en œuvre conforme, dans un dialogue étroit avec les représentants des IA-IPR en académie.
Une interrogation majeure : la « 17e mesure »
Une question demeure : quelle était la teneur de la 17e mesure annoncée puis disparue ?
Nous voulons croire qu’il s’agissait d’une indispensable revalorisation du corps, seul levier d’attractivité alors que le concours de recrutement des IA-IPR connaît, spécifiquement, depuis des années, des difficultés majeures (voir article « Déficits concours 2026 »).
En revanche, nous serons vigilants pour que cette 17e mesure ne soit :
- ni la création d’un service hiérarchique intermédiaire des inspecteurs en académie,
- ni l’ouverture d’un concours sans condition de diplôme et ouvert au privé notamment (voir article)
- ni la suppression de l’évaluation des enseignants par les inspecteurs au profit exclusif des chefs d’établissement (comme en mai 2012 sous la présidence Sarkozy).
Ces pistes ont déjà été envisagées par le passé et abandonnées après analyse approfondie.
Mission d’inspection générale « Missions des inspecteurs du second degré » : attention au périmètre…
Une mission confiée à l’Inspection générale porte actuellement sur les « missions des inspecteurs du second degré ».
Nous serons attentifs à ce que ses conclusions respectent strictement le périmètre fixé et n’introduisent pas de réformes structurelles étrangères à la commande initiale.
Toute annonce allant dans ce sens provoquerait une démobilisation immédiate des IA-IPR, alors même qu’ils sont pleinement engagés dans l’accompagnement des établissements.
En conclusion
Nous saluons les quelques avancées.
Nous demandons des moyens attribués au collège des IA-IPR, en cohérence avec les ambitions ministérielles.
Nous exigeons un dialogue social en académie respectueux des engagements pris au niveau national.
Nous restons mobilisés pour défendre les missions, l’expertise et la place institutionnelle des IA-IPR.
Annexe : les 16 mesures annoncées pour alléger et faciliter l’exercice des missions des IA-IPR

