Allocution du SNIA-IPR (Philippe Janvier, SG) – CN Unsa-Education, 17/09/26 Paris

Les préoccupations et les actions du SNIA-IPR rejoignent celles qui sont et qui ont été abordées durant ces deux belles journées, et il nous semble que nous incarnons, comme chacun des syndicats de l’UNSA-Éducation, l’esprit de la fédération figurant sur ce kakemono : Libres ensemble – la marque Autonome.

Il nous tient cependant à cœur de réfléchir, librement, à la langue qui se diffuse dans la maison qui est la nôtre, l’Éducation nationale.
Il est d’abord essentiel de veiller à ce qu’une novlangue aux relents parfois technocrates, apparemment à la mode, ne contribue à faire des personnels – et notamment des professeurs – des exécutants sommés d’agir à partir d’indicateurs ou d’injonctions paradoxales qui s’empilent et qui font perdre le sens, la joie, et l’espoir.

Surtout, parce que le langage, c’est la pensée, il paraît nécessaire de nous interroger sur certains mots que nous employons sans toujours, me semble-t-il, mesurer tout ce qu’ils pourraient vraiment signifier, en termes de politique éducative.

C’est pourquoi nous souhaitons, en référence au kakemono de l’UNSA, revenir sur cette fameuse notion d’autonomie, en la reliant à celle de Liberté.

Il faudrait en effet veiller à ce que la belle promesse d’autonomie de l’Ecole, brandie par certains politiques, ne soit en réalité une dangereuse illusion, une sorte de poudre aux yeux qui nous mènerait in fine à agir contre nos valeurs, et contre cette liberté à laquelle nous sommes tous attachés.
Je m’explique : en voulant devenir autonome, ou en donnant davantage d’autonomie à certains, tout en privant d’autres de liberté, l’organisation scolaire court en effet le risque d’être régie non plus par des principes républicains porteurs, garants de liberté et d’espoir, mais par des règles comptables et gestionnaires, que finalement l’ensemble des acteurs subirait.

 L’autonomie, tout comme la richesse, ne ruissellera pas.

C’est que l’école n’est pas une entreprise, et on n’élève pas la jeunesse comme l’on monte une étagère.
L’école, c’est le lieu de l’apprentissage de la liberté, de l’égalité, de la fraternité, de la laïcité ; elle est le lieu de la transmission de savoirs, de compétences ainsi que d’une citoyenneté. Or pour que l’élève puisse apprendre, il faut laisser un pouvoir d’agir aux professeurs, dont la qualité et l’exigence doivent être garanties par un cadre commun, collectif, nationalement cadré. Celui-ci ne doit pas être régi, dans un système public, par les lois du marché qui conduiraient par exemple à recruter ou à licencier librement, à organiser les ressources, les moyens et les enseignements selon une logique locale, c’est-à-dire à appliquer les méthodes et les logiques du secteur privé.

La sirène Autonomie risque donc de faire dévier le navire Éducation et de nous embarquer vers un pilotage par seuls objectifs chiffrés, qui brouillerait l’horizon. Le cap serait alors perdu ; or, tous les intervenants l’ont dit hier et le répètent aujourd’hui, perdre le sens, c’est créer de la désespérance – et donc laisser les élèves, mais aussi les personnels « sur le bord du chemin ». Tout le montre, la logique de New Public Management qui s’installe progressivement dans notre institution, parfois sous couvert d’un discours chérissant l’autonomie, ne crée ni de la réussite ni du bien-être : ce pilotage assèche, mécanise et dévitalise le travail.

Veillons donc à ne pas installer, au nom de cette illusoire autonomie, des méthodes et des pensées dont personne dans cette assemblée ne voudrait – notamment un management vertical, même local, source de mal-être, qu’on pourrait résumer par la triade « Injonction – Exécution – Contrôle ».
Défendons plutôt la liberté – la liberté pédagogique notamment, qui honore les professeurs en en faisant non des exécutants mais des intellectuels, qui pensent, qui inventent, qui innovent, qui tentent de répondre au plus près des vrais besoins. Les professionnels pourront ainsi prendre plaisir à enseigner, à travailler, dans la confiance garantie par le cadre commun.

En conclusion, l’autonomie est un mot dont le sens doit être questionné en contexte, par chacun d’entre nous. Et je nous engage tous à rester collectivement vigilants en cette période pré présidentielle, et à ne pas opter pour de fausses bonnes solutions.
Un exemple récent au sujet des enquêtes PISA : pouvons-nous nous satisfaire d’en faire porter la responsabilité « aux parents, aux réseaux sociaux, à l’IA » et d’entendre proposer comme solution davantage autonomie ?

Ne soyons pas dupes !

Merci.

Allocution du SNIA-IPR (Philippe Janvier, SG) – CN Unsa-Education, 17/09/26 Paris

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